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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 14:08

Amant.jpg

 

Auteur : Marguerite Duras

 

Court Résumé :

La petite aux nattes enfantines, au chapeau d’homme et aux souliers de bal est sur le pont du bac qui traverse le Mékong pour l’emmener à Saïgon. L’homme la repère de loin et l’invite à effectuer le trajet du port à la pension dans sa limousine. La petite le suit et c’est ainsi que commence leur histoire. Mais cette histoire n’est qu’un élément dans l’histoire de la petite.  Marguerite Duras nous raconte ainsi, par l’intermédiaire de cet événement qui a changé sa vie, les derniers mois passés en Indochine avec sa famille.

 

Mon avis perso :

C’est le second livre que je lis de Marguerite Duras, mais autant dire que c’est le premier. Le précédent était tellement court qu’il n’a pu me donner qu’un aperçu très restreint de son art. Car on peut vraiment parler d’un art littéraire et stylistique quand on décrit la prose en continu de Marguerite Duras. Elle nous transporte dans univers à la fois féérique et cauchemardesque où la beauté du monde côtoie les pires bassesses des Hommes. Son écriture est fluide et rivière comme le Mékong. On se laisse porter à la dérive comme cette petite fille, qui n’est plus si petite, sur son bateau.  Les pages se tournent à grande vitesse sans même qu’on s’en rende compte. Et en refermant le livre, on garde en souvenir tous ces paysages traversés et ces gens rencontrés au passage. Ces gens qui constituent le quotidien de la petite Marguerite qui n’a de cesse de vouloir s’en détacher, s’en démarquer.


 

1008374Son but est clair : il faut partir. Quitter cette pauvreté qui a détruit sa mère à petit feu. Quitter cette mère à moitié folle qui la rendra folle. Quitter ce grand frère égoïste dont l’amour trop fort détruit tout sur son passage. Quitter le petit frère avant qu’il ne nous quitte. Et surtout quitter ce pays à la chaleur humide étouffante. Le chinois de Cholen sera le premier élément déclencheur ce départ. Mais il faudra le quitter lui aussi.

 

 Pendant ma lecture, des images du film, que j’ai vu il y a quelques années, me revenaient en mémoire. Mais à celles-ci s’en superposaient d’autres que seul le livre pouvait dépeindre. La description de la mère, de l’attachement et de la haine que Duras ressent pour elle est décrite par touches successives tout au long du récit qui finissent par donner un portrait très précis de celle qui n’avait que ses enfants pour fierté. Elle ne prend pas de pincettes non plus pour décrire son frère  aîné qu’elle présente comme un être machiavélique, paresseux, violent et égocentrique qui n’hésite pas à voler sa mère, ses frère et sœur et même les domestiques pour pouvoir jouer tout ce qu’il peut et tout perdre par la même occasion. Cette description est cependant tempérée par moment lorsqu’elle évoque l’immense amour, bien que destructeur, qui l’unissait à ce frère diabolique. En fin le « petit frère » qui est pourtant son grand frère (il avait 3 ans de plus qu’elle). Mais il semble si faible, si malingre et impotent qu’on le prend pour un enfant ou un jeune adolescent.

 

La relation qu’elle lie pour son amant est particulière car elle ne semble éprouver aucun sentiment. Contrairement à lui qui est fou amoureux d’elle. On s’aperçoit, en fait, avec elle, lors de son départ pour la France que ses sentiments étaient pourtant bien présents, mais qu’elle ne s’était pas autorisée à les reconnaître. Jamais pour un chinois, cela lui paraissait inconcevable. S’installe donc entre eux une relation physiquement très intense mais parsemée de non-dits, de sous-entendus et des préjugés.

1000LamantBac

 

Ce qui impressionne, c’est aussi la lucidité de cette jeune fille. Elle a pourtant grandit comme les autres dans cette famille, puis dans la pension avec les autres jeunes filles de bonne famille. Mais elle semble posséder un pouvoir qui lui permet de voir les événements et l’évolution des situations et des personnes de manière objective, réaliste et détachée, parfois à la limite de la froideur.

 

Ce qui est aussi terrible dans cette histoire, c’est que même si elle a décidé de ne plus avoir de contact avec cette famille et de couper réellement les ponts avec tous ses membres. Leurs destin finit toujours par la rattraper. Ne serait-ce que par les souvenirs qui viennent la hanter au détour d’une lettre ou d’une photo retrouvée.

 

Ce livre fait incontestablement partie des chefs-d’œuvre de la littérature française à lire absolument !

 

Nombre de pages : 142

 

Temps mis pour le lire : 3 jours

 

Note : 18/20

 

Les 3 premières phrases :


Un jour, j’étais déjà âgée, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et m’a dit : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »

 

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commentaires

BlueGrey 26/01/2011 15:17



J'ai beaucoup aimé ce récit et le style Duras : la formidable efficacité de son écriture, très poétique, et basée sur l'économie du mot. Un peu moins de mots, un peu plus de silence, Marguerite
Duras excelle dans l'art de l'épure, l'évocation faite à mi-voix qui laisse place à l'imaginaire pour combler les silences de son récit... Du grand art !



LN 26/01/2011 20:34



J'aime beaucoup également :-) Tu décris très bien ce que l'on ressent quand on lit cette auteure.



dasola 25/01/2011 17:15



Bonjour LN, c'est pratiquement le seul roman de Marguerite Duras que j'ai lu, lors de sa parution. Je ne suis pas très sensible à son style mais je reconnais le talent. En revanche, cette très
belle histoire aurait mérité un film à la hauteur. Ce qui n'est pas le cas du film d'Annaud qui verse un peu dans le style "David Hamilton". C'est dommage. Bonne soirée.



LN 25/01/2011 18:38



Bonjour Dasola, moi aussi c'est pratiquement le seul roman de Marguerite Duras que j'ai lu. Pour ce qui est du film, je l'ai vu il y a quelques années maintenant et je l'avais beaucoup aimé, mais
je n'en garde qu'un très vague souvenir. Je ne sais ce que j'en penserais si je le revoyais maintenant...


Bonne soirée à toi aussi :-)



Pyrausta 24/01/2011 18:28



il faudrait que je me lance dans Marguerite Duras.Efectivement pourquoi ne pas commencer avec l'amant que j'ai vu aussi en film...cette froideur de la jeune fille que tu decris dans le roman on
la retrouve aussi dans le film et je me souviens en avoir ete derangee dans le film :torride dans les relations physiques mais en retrait cependant emotionnellement..une enigme...c'est peut etre
pour ça que son amant etait si amoureux...



LN 24/01/2011 19:50



Très bonne analyse :-) Si tu as aimé le film, tu ne sera certainement pas déçue par le livre.



anjelica 23/01/2011 00:13



Je n'ai encore jamais lu Duras mais si je devais en lire un et un seul, je lirais celui-ci car Blue Grey l'aime d'amour et car ton billet m'a donné envie.



LN 23/01/2011 02:23



Merci, c'est effectivement le livre à lire de Marguerite Duras :-)



Irrégulière 19/01/2011 17:01



J'adore ce roman, ainsi que le film. D'ailleurs, je l'ai récemment intégré dans ma PAL pour le relire !



LN 19/01/2011 18:46



Magnifique, en effet! Il faudrait que je revois le film aussi...



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